Edouard Nelson |
Activités
Combattre pour l'unité
1. L’unité dans nos églises est-elle une réalité ?
Comment se fait-il qu’en France, nous pouvons compter jusqu’à une vingtaine d’unions d’églises protestantes différentes, sans parler des églises catholiques et des églises orthodoxes (russes, grecques ou autres) ? Est-ce cela l’unité décrite dans le passage de la lettre aux Éphésiens ? Et puis si vous avez passé du temps dans une église, ce n'est pas les conflits qui manquent à l'intérieur des églises. L'unité est loin d’être une réalité universelle dans nos églises. Avez-vous déjà connu la petite paroisse rurale où Mme Dupont est à couteaux tirés avec Mme Durand au sujet des fleurs ? Terrifiant !! Je connais un pasteur qui aime bien cette blague (C'est une blague de pasteurs, je vous préviens). Quelle différence y-a-t-il entre un terroriste et la directrice d'une chorale d'église ? Nous pouvons négocier avec un terroriste. C'est marrant, mais le problème est grave, et c'est, pour certains, un obstacle à la foi. Il est possible que ces divisions et ces conflits soient une des raisons qui vous poussent à garder vos distances avec la foi chrétienne organisée. Et pour ceux qui sont disciples de Jésus-Christ, la question de l'unité, de l'amour fraternel, est cruciale. Mais, comment faire ? Nous voyons dans ce texte l'enseignement de l'apôtre Paul aux croyants concernant la vie communautaire. Paul expose le défi lancé à tout disciple de Jésus : nous devons mener le combat contre les conflits et pour l'unité. Mais, il va plus loin, et nous donne aussi les clés pour mener ce combat. Comment est-ce possible de vivre l'unité ? Comment y parvenir ?
Voici un résumé pour commencer :
Ayez une conduite digne de l'appel du Christ, dans l'unité, et grandissez en Christ par le service de chacun.
2. Une conduite digne (versets 1 à 6)
a. Une réponse à l’appel que Dieu nous adresse
Notez bien que tout vient de l'appel que vous avez reçu. Pendant trois chapitres, Paul nous a exposé sa vision du monde et ce que Jésus-Christ a accompli. Il nous donne le gros plan : voici ce que Dieu a fait et est en train de faire ! Voici son projet éternel ! Il réunit tout sous l'autorité de Jésus Christ. Dieu met tout sous son Fils. Nous retrouvons cette-même idée au verset 10 : Jésus est monté afin de remplir tout l’univers. Il remplit tout par son autorité. Dans les chapitres 4 à 6, qui évoquent la mise en pratique de la foi, il ne faut pas perdre de vue le fondement : Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui appelle, qui donne et qui règne. La conduite digne est une réponse à un appel, pas une façon d'accomplir notre pardon, de marchander avec Dieu. Travailler l'unité, ce n'est pas créer quelque chose de nouveau mais conserver quelque chose que nous possédons déjà en Christ (relire attentivement le verset 3).
b. Notre salut ne dépend pas de notre conduite
Cette idée mérite que nous y réfléchissions deux minutes. Notre façon naturelle de penser, c'est d'imaginer que nous faisons des œuvres bonnes. Nous essayons d'agir de façon juste afin de plaire à Dieu et d'être favorablement reçus par Lui. Lorsque nous sommes méchants au lieu d'être doux, impatients au lieu d'être patients, orgueilleux au lieu d'être humbles, nous pensons être loin de Dieu. Lorsque nous sommes au contraire patients, doux et humbles, nous pensons nous rapprocher de Dieu. Cela n'est pas la vision biblique que nous avons dans cette plus belle lettre jamais écrite. Il y a deux options : soit nous appartenons à Jésus-Christ par un engagement de confiance (autrement dit, nous sommes à lui), soit nous ne le sommes pas, (autrement dit, nous sommes loin de lui). Et nos actions diverses, bonnes ou mauvaises, ne changeront pas notre statut. Soit nous sommes en Christ, soit nous ne le sommes pas. Si nous avons choisi de nous donner à Jésus, alors nous sommes en Christ, et donc nous avons tout, y compris un statut de personne pardonnée graciée et une unité avec tous ceux qui sont également en Christ, unis à lui. A nous de répondre à cela par une vie digne de la grâce de Dieu en Christ. C'est un peu comme lorsque vous achetez un ordinateur. Avant d’installer les différents logiciels, avant de faire quoi que ce soit comme travail, il vous faut installer un système d'exploitation. C'est un fondement incontournable. Tout le reste dépend du système d'exploitation. Chaque nouveau logiciel doit s'intégrer au fonctionnement du système d'exploitation. Les fondements théologiques des trois premiers chapitres de cette lettre sont le système d'exploitation du chrétien. Le reste doit se construire dessus. Mais sachez que notre capacité de vivre dignement, ou pas, ne remet en cause ce que nous avons en Christ. Nos victoires et nos échecs, au plan moral, ne remettent pas en cause notre statut. Les logiciels peuvent être bien ou mal utilisés, mais cela ne remet pas en cause le système d'exploitation.
Vous allez me dire : « Si cela ne change rien, alors pourquoi chercher à vivre une vie digne ? Nous pouvons faire ce que nous voulons ! » C'est exact, nous pouvons faire ce que nous voulons, mais si nous appartenons à Jésus, nos désirs changent. Un chrétien, lorsqu'il entend le verset 1, se dit : « Oui Seigneur, je veut me conduire d'une manière digne ! Seigneur, pardonne-moi ma conduite indigne ! Seigneur, donne-moi la force de vivre d'une manière digne ! » Est-ce le cri de votre cœur ? Si ce n’est pas le cas, la question de la conduite chrétienne est secondaire : dans un premier temps il faut régler la question de l'orientation fondamentale de votre vie. Il vous faut décider si vous voulez suivre Jésus ou non. Car tous ceux qui s’engagent à suivre Jésus ont ce vif désir de mener une vie digne de son appel. Cela nous donne un premier élément de réponse au problème des divisions entre chrétiens. Car il y a des églises qui se disent chrétiennes mais qui n'acceptent pas d’enseigner de façon authentique l'évangile de Jésus. Tout en adoptant un label, une culture, la question fondamentale de ce qu’est chrétien est mise de côté. Donc, ceux qui sont attachés à l’enseignement de la Bible ne peuvent pas s'unir à de telles églises.
c. Une réponse à l’appel que Dieu nous adresse
Entrons un peu dans le concret… Sommes-nous dignes de cet appel ? Comment l’être ?
« Soyez toujours humbles, aimables et patients, supportez-vous les uns les autres avec amour » (verset 2)
Quelle est l’expression-même de notre unité en Christ ? Dans nos assemblées, il arrive souvent qu’il y ait des personnes qui ne sont pas comme vous, et qui font des choses qui vous agacent, voir pire. Pourquoi supporter ces personnes ? Parce que nous sommes unis en Christ, et c'est à nous de le vivre.
« Il y a un seul corps et un seul Esprit ; de même, Dieu vous a appelés à une seule espérance lorsqu’il vous a fait venir à lui. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous. » (versets 4 à 6)
Le Dieu qui vous donne la paix en Christ est notre paix. Il vous donne la même espérance. C’est le même Dieu qui vous appelle, qui agit en vous et qui habite en votre frère ou sœur. Humilité, douceur, patience, amour, soutien mutuel, voilà les marques de fabrique du Seigneur. Un tel appel nous oblige à nous repentir devant Dieu, et à prier ardemment qu'Il nous donne la force miraculeuse qui rend possible une union vécue entre pécheurs, entre hommes et femmes rebelles à Dieu. Car, c’est un fait : une église, ce n’est rien d’autre qu’un hôpital pour pécheurs. Les difficultés relationnelles, les conflits, ce n'est pas uniquement la faute « aux autres ». Même lorsque, dans une situation concrète, une personne a mal agi, notre réaction sera imparfaite. Nos actions reflètent toujours légèrement notre nature qui est rebelle à Dieu. C'est une deuxième piste de réponse au problème des conflits, tel que peut le percevoir un observateur extérieur : tous les chrétiens demeurent pécheurs, même s'ils sont pardonnés. Nous cherchons à vivre selon la volonté de Dieu, mais nous n'y arrivons pas. Cela dit, avec l'aide de Dieu, il est possible que des personnes qui agissent mal et qui sont loin d'être à la hauteur de ce que Dieu leur demande, puissent vivre ensemble. C'est notre cas, mais ne croyons pas que Dieu n'est pas à l'œuvre dans ce domaine ! C'est tout un travail ! Il faut œuvrer à l'unité ! J'ai vécu un exemple touchant de ce travail coûteux pour l'unité. J'avais travaillé dans une petite équipe au sein d'une église pendant deux ans. Il n'y a jamais eu de clash, mais ma relation avec mon chef direct n'était pas très bonne. Je ne pense pas que j’ai cherché à changer cela. Mais, un an après que je sois parti, mon chef m'a écrit une lettre me demandant pardon pour son manque d'amour fraternel. Cela n'a pas du être facile pour lui, du fait qu’il n'y avait pas eu d'action concrète ou de parole blessante. Vivre l'unité demande de l'effort, et c’est un effort qui mérite d’être fait !
Si Jésus est maître de nos cœurs, nous voulons progresser dans notre conduite. Comment ? Pourquoi ne pas mémoriser le verset 2 et demander à Dieu qu'Il nous le rappelle lorsque nous en avons besoin dans les mois à venir ?
« Soyez toujours humbles, aimables et patients, supportez-vous les uns les autres avec amour »
Dieu donne des moyens divers et variés pour accomplir sa volonté qui est de faire de son peuple un peuple mûr en Christ, qui se conduit d’une manière digne de l'appel qu'il a reçu. Une conduite digne est nourrie par des dons utiles.
3. Des dons utiles pour une conduite digne (versets 7-11)
a. Jésus nous donne des serviteurs de sa parole
Mais alors, comment Dieu fera-t-il pour donner les moyens à son peuple d'une conduite digne ?
« Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». (Verset 7)
Il fait grâce à chacun, selon le don du Christ. Dieu donne, à travers son Fils, une diversité de dons pour notre bien. Avant d'aller plus loin, notez que ce don repose sur la venue du Fils de Dieu sur Terre, sur son incarnation puis sur sa descente jusqu'à la mort. Ensuite il a été élevé, afin de remplir toutes choses. Le psaume cité (Psaume 68 : 19) parle de l'Eternel, que Paul identifie directement avec Jésus... Ce qui est important c'est que les grâces, c’est-à-dire les dons gratuits, de Dieu envers son peuple maintenant sont la conséquence de l'œuvre de Jésus, descendu puis remonté.
« Celui qui est descendu, c’est le même qui est monté au–dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. » (Verset 10)
Jésus va remplir toutes choses. Ce verset nous rappelle très nettement tout ce qui a été dit dans le chapitre 1. Relisons donc les versets 11-12 :
« C’est lui qui a fait don de certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, et d’autres encore comme pasteurs et enseignants. Il a fait don de ces hommes pour que ceux qui appartiennent à Dieu soient rendus aptes à accomplir leur service en vue de la construction du corps du Christ ». (Versets 11 – 12)
Pour faire de son peuple un corps sain, Jésus donne des serviteurs de la Parole. (Jésus est en mesure de le faire à cause de ce qu'il a fait. Comme un homme qui gagne au Loto et qui peut donc faire de gros cadeaux à ces amis.) Quels sont ces dons que Jésus nous donne ? Apôtres, prophètes, évangélistes, et pasteurs-docteurs, ou bergers-enseignants. Cela ne dit pas que Jésus donne à certains d'être apôtres, à d’autres d’être prophètes, etc. Dans un sens, cela est vrai, mais ce n'est pas ce que nous dit la Bible ici. Le texte nous dit qu'il donne des apôtres, prophètes etc. C'est le don de Jésus à son peuple, son corps terrestre. Et le grand cadeau qu’il nous donne, ce sont des serviteurs de la Parole. Apôtres, prophètes, évangélistes, et pasteurs-docteurs, ils ont tous ceci en commun : ce sont des serviteurs de la parole. Les apôtres ont reçu l'enseignement de la bouche de Jésus et l'ont transmis. Les prophètes ont reçu le message de Dieu pour le transmettre. Les évangélistes annoncent la parole notamment à ceux qui l'entendent pour la première fois. Et les pasteurs-docteurs ont pour mission d’enseigner la parole aux croyants, afin de les faire croître en Christ.
Nous pouvons, en passant, faire un parallèle entre ce texte et les passages Éphésiens 2 : 20 et 3 : 5. Ces textes nous affirment que les apôtres et les prophètes ont joué un rôle fondateur dans l’église. De nos jours, il n’existe plus d’apôtre car plus personne n’a rencontré Jésus ressuscité des morts. Mais, l’essentiel est ici : Jésus nous donne des serviteurs de la Parole.
b. Sans évangile, pas de conversion ! Sans enseignement, pas d’édification !
Que faire ? Avez-vous remercié Jésus pour le don qu'il vous a fait en mettant sur votre route un ou des serviteurs de sa parole ? Qui vous a enseigné l'évangile ? Qui vous a enseigné la Parole de Dieu ? Pour ma part, je pense en particulier à deux hommes qui ont été des bergers pour le groupe d'ados de mon église. C'est le don que Jésus m'a fait, à moi et à d'autres. Peut-être était-ce vos parents, qui ont alors exercé un ministère de la parole envers vous… Mais, ils ont été, eux-mêmes, très certainement encouragés par un ouvrier de la Parole à leur tour. Avez-vous remercié le Seigneur pour les personnes qui ont exercé un ministère de la parole auprès de vous ? Dans le deuxième livre des chroniques de Narnia de C. S. Lewis intitulé « Le prince Caspian », il y a une belle scène. Le prince est dans le besoin, il est en train de perdre une guerre. Alors, il décide de faire sonner la corne de Suzanne qui fait alors revenir les enfants humains pour l’aider à combattre l'ennemi. Un guerrier expérimenté les accueille, et il semble déçu car ils ne sont pas très impressionnants. Ce sont des enfants ! Comment peuvent-ils se battre contre des hommes ? Il découvre très vite que ces « enfants » sont en fait très forts : ils savent se battre, malgré leur apparence ordinaire. Les cadeaux de Jésus à son peuple sont très ordinaires aussi. Les serviteurs de la parole sont tâchés par le péché et par toutes sortes de faiblesses humaines. Mais ce sont tout de même les cadeaux du Seigneur pour son église. Le service chrétien (c’est-à-dire toute sorte de ministère, quel qu’il soit) est fondé sur l'œuvre de la parole. La logique est imparable : sans évangile, pas de conversion ! Sans enseignement de la parole, pas d'édification ! (C'est pourquoi dans Actes 6 les apôtres se concentrent sur le service de la Parole et la prière. Je vous invite à laisser un doigt dans Éphésiens et à revenir rapidement en arrière à Actes 6.1-4 afin de voir quel est l’avis des apôtres concernant ce sujet).
« En ces jours-là, comme les disciples se multipliaient, les Hellénistes murmurèrent contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien. Les douze convoquèrent alors la multitude des disciples et dirent : Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes, de qui l’on rende un bon témoignage, remplis de l’Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cet emploi. Pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole. » (Actes 6.1-4)
Des dons utiles pour une conduite digne. Passons au verset 12, où l'on voit que Jésus construit son corps pour le service.
4. Un corps sain (versets 12-16)
a. Des ministères et des services qui contribuent à la construction du corps
Jésus fait ceci pour que les saints se perfectionnent, pour qu’ils puissent être aptes au service, ou pour former son peuple, selon la traduction. Qui sont donc les saints ? Ce sont les chrétiens, tous saints car tous unis au Christ, le Saint. Mais, ils ont besoin d'aide pour vivre cette sainteté, pour grandir en Christ, pour avancer. Tout ministère ou tout service, qu’ils soient au service de la parole (l’encouragement, l’enseignement des enfants, etc.) ou qu’ils soient de l’ordre du pratique (servir de la nourriture aux veuves par exemple), dépendent de la parole. Donc, le rôle d'un responsable chrétien va être dans un premier temps d'enseigner la Parole, afin que tout le corps du Christ puisse avancer, grandir, et être apte à son service, quelque soit ce service. Le responsable qui prie et qui enseigne la Parole donne le cadre pour l'épanouissement de tous les autres croyants, afin qu'ils servent leur Seigneur avec joie, selon leurs dons. Jésus donne des serviteurs de la Parole ; nous devons donc saisir l'importance de ce ministère de la parole. Par ce ministère, le règne de Jésus est appliqué à la vie de chaque homme. L’essor de ces ministères, qu’ils soient au service de la parole ou qu’ils soient de l’ordre du pratique, contribue à la construction du corps du Christ. Ces ministères-là, ces divers services, ensemble édifient et construisent le corps du Christ. Le résultat, c'est un corps sain.
b. L’édification du corps du Christ est l’affaire de tous
Chacun peut s’engager et, ensemble, nous grandissons. Cela veut aussi dire que chacun peut servir Dieu, selon ses capacités, chacun peut s’engager afin que le corps entier soit sain. Chacun peut, par exemple, s’engager dans le ministère d'encouragement mutuel. Et puis cela veut aussi dire que si chacun joue son rôle, les bergers-enseignants pourront alors consacrer davantage de temps pour la prière et l’enseignement. Nous pouvons le concevoir avec 3 schémas :
- Premier schéma : c'est le pasteur qui fait tout ! Tout passe par lui ! On va droit dans le mur. Le pasteur est vite épuisé, les membres ont une relation malsaine de dépendance envers lui.
- Deuxième schéma : chacun s'engage selon leurs capacités. Les membres s’encouragement mutuellement. Mais il n'y a pas de responsable qui nourrit l'assemblée. Résultat : les membres s'essoufflent ou alors partent dans une dérive théologique classique.
- Troisième schéma : le pasteur se nourrit de la parole, il sert les membres en les encourageant par la Parole. Chacun s'engage les uns aux côtés des autres. Dans ce schéma-là, la croissance est au rendez-vous, personne ne s'essouffle.
Il y a peu, j'ai regardé la liste des personnes engagées à la rue des Ternes. J'ai pu facilement trouver des contributions pratiques de la part de chacun. Un s’est engagé à l'accueil, un autre à la garderie, un autre par la musique, un autre par l'hospitalité, etc. C'est super. Il faut que nous continuions sur cette lancée. Car l'église qui attend que le pasteur fasse tout, c'est une église qui n'a pas compris ce texte. Plus grave, le pasteur qui laisse son église s'attendre à ce qu'il fasse tout n'a pas compris ce texte !
Notez bien les conséquences. La version du Semeur le dit bien dans le verset 12 :
« C’est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints. Cela en vue de l’œuvre du service et de l’édification du corps du Christ. » (Versets 11 – 12)
Il a fait don de ces hommes pour que ceux qui appartiennent à Dieu soient rendus aptes à accomplir leur service en vue de la construction du corps du Christ. Ainsi, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'adultes, à un stade où se manifeste toute la plénitude qui nous vient du Christ. L'unité et la plénitude, voilà ce qu'il nous faut, notamment pour combattre les conflits. Afin d’y parvenir, il nous faut les ministres (autrement dit les serviteurs de la Parole), et il est nécessaire que chacun s’engage afin, qu’ensemble, le corps puisse grandir.
c. Sans la parole, le peuple de Dieu meurt de faim
« Ainsi nous ne serons plus des enfants, flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices » (verset 14)
Nous voyons que l'enseignement de la Parole mène à une maturité qui se voit dans une conduite digne de l'évangile, et aussi une maturité qui protège les chrétiens des fausses doctrines. Cela nous donne une autre piste de réponse à la question des conflits et des divisions. Le problème peut partiellement provenir de chrétiens peu ou pas nourris de la Parole et qui, donc, manquent de maturité. Cela existe dans bien des endroits. L'enseignement de la Parole marche en partie parce qu'un ministère de la Parole va former les chrétiens à se nourrir eux-mêmes. Cela me rappelle un proverbe chinois :
« Si tu veux nourrir un homme, donne-lui un poisson. Si tu veux qu'il n'ait plus jamais faim, apprends-lui à se servir d'une canne à pêche ».
Qu'est-ce qui nourrit une maturité en Christ, un combat pour l'unité et l'amour fraternel ? Être enraciné dans l'amour du Christ qui surpasse connaissance. Nous l'avons vu au chapitre 3 la semaine dernière. Qu'est-ce qui nourrit notre connaissance de l'amour de Jésus ? La parole de Dieu. Quand la parole de Dieu est absente, le peuple de Dieu meurt de faim. Le peuple de Dieu sombre dans un vague christianisme culturel qui n'a aucun impact éternel ni temporel d'ailleurs. Sans la Parole, les chrétiens qui constituent le corps deviennent des petits enfants ballottés et emportés par tout vent de doctrine.
Deux siècles après Calvin, les pasteurs protestants de Suisse de la compagnie de Genève avaient arrêté d'enseigner la Parole. Afin « d’éviter toute polémique » ils ont interdit tout enseignement sur la divinité du Christ, le péché originel, la grâce, et la prédestination. C'était un libéralisme théologique, où les doctrines historiques de la foi étaient soigneusement mises de côté. Par conséquent, en 1764 Jean-Jacques Rousseau a pu écrire ceci à leur sujet : « On ne sait plus ce qu'ils croient ou ce qu'ils ne croient pas ; on ne sait même pas ce qu'ils font semblant de croire. » Voilà une condamnation nette d'un christianisme que ne l'est plus, que nous retrouvons malheureusement à tant d'endroits et d'époques car notre nature humaine, rebelle contre Dieu, tend dans ce sens. Le contraire, ce sont des chrétiens nourris de la Parole, capables de dire la vérité dans l'amour, d'entendre la vérité dans l'amour, et donc de grandir à tout point de vue en Christ.
d. Cela commença dans une chambre d’hôtel…
Au début du 19ième siècle, en Suisse et en France, il y avait très peu d'enseignement de la Parole. Puis, en 1816, un écossais nommé Robert Haldane est arrivé à Genève. Dans sa chambre d'hôtel, il réunissait des pasteurs et des étudiants en théologie pour lire la Bible, commençant par l'épitre aux Romains, et pour prier. Au cœur du message de Haldane : la croix de Jésus, et la nécessité d'une démarche de foi personnelle. L'évangile authentique tout simplement ! Cette chambre d’hôtel a vu passé des hommes tels que César Malan et Louis Gaussen. Et puis, ces idées ont aussi pris racine dans le cœur d'hommes tels que Ami Bost, Henri Pyt, Félix Neff, et Frédéric Monod. Dans les années 1820-30, la France a connu un vrai réveil. Des milliers de personnes se sont converties, et dans la foulée les églises évangéliques libres, ainsi que les premières églises baptistes ont été fondées. Louis Gaussen, auteur d'un livre marquant sur l'inspiration de l'écriture, Félix Neff grand évangéliste, Frédéric Monod, peut être le plus grand prédicateur de son époque... Ce sont là des géants du monde évangélique du 19ième siècle en France. Et pourtant, tout cela a commencé avec quelques hommes dans une chambre d'hôtel, étudiant l'épitre aux Romains, la croix de Jésus, et éprouvant le besoin d'y répondre personnellement par la foi. Ca n'a pas l'air de grand-chose. Sans doute un passant, qui voyait quelques hommes entrer dans cette chambre d'hôtel, n'aurait pas pu imaginer que ceci constituait un événement historique. Mais, dans la grâce de Dieu, des serviteurs de la Parole ont ainsi été formés. Par la suite, des personnes ont été sauvées pour l'éternité. Et le corps du Christ a été édifié.
Jésus donne des serviteurs de la Parole afin de nourrir son corps, et l'engagement de chacun, quelque soit son service, mène à la maturité. Un corps sain. On a besoin de chaque personne dans cette œuvre. C'est important de voir que le ministère de la Parole, c'est souvent des mots d'encouragement que nous pouvons nous dire les uns aux autres. Il n’y a pas que les pasteurs qui ont ce ministère. Est-ce que vous venez à l'église avec l'attente d'être utile ? Savez-vous que vous êtes indispensable ? Nous avons tous besoin les uns des autres pour grandir réellement. Une vie digne. Des dons utiles. Un corps sain. Prions que nous puissions voir encore une telle œuvre de l'Esprit dans notre assemblée. Prions ensemble.
Eglise protestante évangélique des Ternes - 8 bis rue des Ternes - 75017 Paris - 01 77 15 12 01 -- contact@eglisedesternes.org